Les récents chiffres de l’Assurance Retraite confirment un virage historique : avec un nombre de bénéficiaires presque doublé en un an, la retraite progressive sort enfin de la confidentialité.
Pour la CFTC Fonction Publique, ce succès massif valide notre position constante. Comme nous le rappelions dans nos guides et fiches pratiques à destination des agents, l'extension de ce dispositif aux trois versants de la Fonction Publique et l'abaissement de l'âge d'éligibilité à 60 ans répondent à un besoin viscéral d'aménager les fins de carrière face au recul de l'âge légal.
Cependant, le passage de la théorie à la pratique et les remontées de terrain nous imposent aujourd'hui d'élever la voix. Fidèle à sa ligne de conduite, la CFTC refuse que ce dispositif devienne un miroir aux alouettes pour les agents.
Le droit au calcul précis en amont : une exigence absolue
Si la retraite progressive promet une transition en douceur, elle cache une réelle complexité financière. Rappelons qu'un agent travaillant à 60 % perçoit 60 % de son traitement et 40 % de sa pension théorique. Les primes et traitements sont donc proratisés, et aucune activité accessoire n'est autorisée pour compenser la perte de revenus.
Pour les agents des catégories B et C, cela implique des arbitrages budgétaires extrêmement serrés. Il est hors de question que des collègues s'engagent dans cette voie à l'aveugle. La CFTC Fonction Publique martèle une exigence absolue : les calculs précis et personnalisés doivent impérativement avoir lieu en amont.
Aucun agent ne doit valider sa demande de temps partiel sans avoir obtenu des simulations chiffrées, précises et opposables de la part de son administration.
Une machine administrative exsangue et des règles injustes pour les agents
Le véritable point noir réside dans l'instruction des dossiers. Les services RH des administrations, tout comme les gestionnaires du Service des Retraites de l'État (SRE), de la CNRACL et de l'Ircantec, sont asphyxiés.
Cette lenteur administrative est d'autant plus dangereuse qu'elle se heurte à une règle inique que la CFTC dénonce : le silence de l'administration pendant deux mois vaut rejet implicite de la demande. À cause du manque de effectifs dans les services RH, des agents se retrouvent blacklistés par défaut, simplement parce que leur dossier est resté au fond d'une pile ! Et pour ceux dont la demande est acceptée, les délais de liquidation de la part de pension s'allongent, créant une précarité financière intolérable au moment de la bascule à temps partiel.
Les exigences de la CFTC Fonction Publique
Notre position reste inchangée sur le bien-fondé du dispositif, mais nos exigences s'accentuent face aux défaillances de l'État-employeur :
* La fin de la règle du "silence vaut rejet" pour ce dispositif : l'administration doit avoir l'obligation de motiver explicitement et formellement tout refus de temps partiel lié à la retraite progressive.
* Le renforcement immédiat en moyens humains des caisses de retraite (SRE, CNRACL, Ircantec) et des services RH de proximité pour garantir des simulations fiables et un traitement des dossiers en moins de trois mois.
* Une gestion prévisionnelle (GPEC) rigoureuse : Le temps partiel des seniors doit être anticipé pour permettre la transmission des compétences, sans que cela ne se traduise par une surcharge de travail pour les collègues restants.
La retraite progressive est un excellent outil de santé au travail.
La CFTC Fonction Publique refuse que la lourdeur bureaucratique et le manque de moyens transforment ce progrès social en un piège pour les agents.