À l'issue du rendez-vous salarial du 2 octobre 2026, le gouvernement annonce qu'au 1er janvier 2027, le minimum de traitement de la fonction publique passera de l'indice majoré 366 à l'indice majoré 372. Cela représente six points d'indice, soit environ 30 € brut par mois au regard de la valeur actuelle du point, gelée depuis juillet 2023.
Sur la fiche de paie, ce gain est illusoire. Au début de 2026, près de 356 000 agents publics étaient rémunérés sous le SMIC et ne l'atteignaient que grâce à l'indemnité différentielle. Les points accordés viendront simplement remplacer cette indemnité, et le net perçu ne bougera pas. Comme les échelons supérieurs restent inchangés, le relèvement du plancher écrase davantage les grilles de catégorie C et B : des agents comptant huit ou dix ans d'ancienneté se retrouvent payés comme un débutant. À la prochaine revalorisation mécanique du SMIC, le minimum sera de nouveau dépassé et l'indemnité différentielle reviendra. C'est la démonstration la plus claire de l'impasse que constitue le gel du point. Seul effet positif, l'intégration de ces points au traitement de base élargit l'assiette des cotisations CNRACL et RAFP. Cela ne règle en rien la question du pouvoir d'achat.
Cette rustine s'ajoute à une crise plus profonde. Les salaires tassés, l'abattement à 90 % du traitement pendant les trois premiers mois de congé de maladie ordinaire, le jour de carence, la pénurie de candidats et les coupes sur la masse salariale s'entretiennent désormais mutuellement. Ce sont les collectifs de travail qui en paient le prix : postes non remplacés, heures supplémentaires non récupérées, épuisement généralisé, et des cadres de proximité laissés sans moyens pour tenir leurs équipes.
La CFTC Fonction Publique demande d'abord le dégel et la revalorisation générale du point d'indice, seule mesure juste et universelle pour les titulaires comme pour les contractuels. Elle réclame aussi, avec une indexation des traitements sur l'inflation, une refonte globale des grilles qui redonne à la carrière son amplitude et reconnaisse enfin l'expérience acquise. Elle exige que le régime indemnitaire cesse de servir de variable d'ajustement entre employeurs. Elle demande une véritable politique de prévention de l'usure professionnelle et des risques psychosociaux. Enfin, elle demande que les postes indispensables aux missions de proximité soient sanctuarisés.
Relever le plancher sans relever le point, c'est repeindre la façade d'un service public qui se fissure. Les agents méritent un salaire décent, pas un trompe-l'œil.



